Le Chemin de Saint Guilhem le Désert
Ce
sont quatre routes principales à travers la France. Celle de Paris
(avec le passage obligatoire sur le tombeau de Saint-Martin de Tours), celle de
Vézelay (par Limoges), celle du
Puy-en-Velay
(par Conques GR65)
et celle d'Arles (dite route des « provençaux »).
Les trois premières routes se réunissaient à Saint-Jean-de-Bayonne et les caravanes de pèlerins traversaient les Pyrénées par Roncevaux en direction de Pampelune, ancienne capitale d'Aragon, d'où elles rejoignaient elles aussi Puente de la Reina.
Les « Jacquots » s'engageaient
alors sur le « Camino Frances », protégés par les moines-chevaliers de « l'épée
rouge », par les Hospitaliers et, bien entendu, par les monastères clunisiens
qui avaient accaparé l'itinéraire avec des prieurés, maladreries...
Le Chemin de Saint-Guilhem quittait le Chemin de Saint- Jacques (qui du Puy en Velay et de Sainte-Foy-de-Conques emmenait les pèlerins vers Moissac et Bayonne) pour s'enfoncer dans le Gévaudan afin de rejoindre Saint-Guilhem-le-Désert et le port de Saint-Gilles.
De là, les pèlerins se séparaient en deux groupes principaux: un donc, qui par le port de Saint-Gilles s'embarquait vers Rome ou vers Jérusalem, l'autre qui après ses dévotions à Saint-Guilhem reprenait la route de Saint- Jacques, celle des « provençaux » qui par Montpellier, Narbonne et Toulouse permettait de retrouver le col du Somport et Jaca (itinéraire aragonais).
Ce chemin de Saint-Guilhem se trouve sous la haute
garde des Chevaliers de Notre-Dame des pauvres d'Aubrac, dont la maison mère est
située à Aubrac « in loco horroris etvastae solitudinis... » (fondée en 1107,
actuellement demeure privée).
Cette maison d'accueil, siège principal de l'ordre, avait entre autres missions celle de sonner la cloche de «tourmente» les nuits d'hiver, pour permettre aux pèlerins de venir se restaurer et se reposer. On retrouve cette même mission au prieuré de Notre-Dame du Bonheur (bonum augurum) à Espérou (prieuré en cours de restauration, à 20km de Meyrueis). Les principales commanderies dépendant de la dômerie d'Aubrac se situaient à Marvejols, Chirac et Meyrueis.
L'organisation interne y est très rigoureuse: cinq catégories de « personnel » font fonctionner ces lieux d'accueil.
C'est
traverser les plateaux d'Aubrac, le causse de Sauveterre (nombreux menhirs et
dolmens sur sa partie orientale), s'enfoncer dans les gorges du Tarn et ses
paysages somptueux, parcourir le
causse Méjean,
le plus aride de tous les causses, descendre dans les gorges de la Jonte pour
retrouver Meyrueis et le mont Aigoual.
Là, nous abandonnons nos valeureux pèlerins qui continuaient vers Valleraugues et Saint-Guilhem dans des conditions moins aléatoires, au moins au plan climatique lorsqu'il s'agissait de l'hiver.
Ne pas manquer sur votre route la visite de la
Canourgue, Sainte-Enimie et Meyrueis (dans cette dernière ville un guide est à
votre disposition). En chemin, vous rencontrerez le château de la Baume (le «
Versailles lozérien ») et l'aven Armand, une des plus belles grottes du monde,
sur le causse Méjean. À parcourir cette voie de pèlerinage, on ne peut que
s'étonner de la densité des prieurés, monastères, églises qui parsèment le
territoire du Gévaudanais.
Pour le comprendre, il faut d'abord se rappeler que la population du Gévaudan était au Moyen Âge le double ou le triple de celle d'aujourd'hui.
D'autre part, les grands monastères de référence
auxquels étaient rattachés la quasi-totalité des lieux de culte rencontrés
(Saint-Guilhem bien sûr, mais aussi Saint-Benoît d'Aniane, Saint-Victor de
Marseille, Nant) étaient des puissances économiques (particulièrement au plan de
l'élevage des brebis pour la laine), dont nos petites églises étaient la plupart
du temps de simples « succursales », notamment en ce qui concerne l'estive ou la
transhumance des brebis.
Les
troupeaux qui remontaient du Languedoc vers le mont Lozère par des drailles
ancestrales parcouraient une vingtaine de kilomètres par jour, et chaque nuit
ils devaient trouver un abri (à cause du froid, des loups, des animaux malades...).
Il faut donc admettre que toutes ces églises furent d'abord souvent des étapes pour ces troupeaux des grands monastères du sud, au début provisoires, très vite définitives.
Pour peu que les moines bénédictins adjoignent à leur fonction d'hébergement de troupeaux celles de gardiens de reliques (vraies ou fausses, légendaires ou authentiques, chapardées ou achetées), leur subsistance était assurée, et au-delà, car ainsi ils « captaient » des routes de pèlerinage, les déviaient, assurant un rôle d'hébergement et de restauration pour ces immenses vagues d'Européens qui venaient s'échouer sur les berges de Saint-Jacques, de Rome ou de Jérusalem.
À noter aussi l'omniprésence de l'architecture romane: le gothique, post-nordique, ne prend pas sur cette région qui par maints aspects culturels demeure d'obédience méditerranéenne, excluant l'art « barbare » du nord.
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